| | Vie de Gampopa | | | J.M. Stewart | Extrait :
8 - La rencontre du gourou
Gampopa suivit la jeune femme sur la Colline de Joyeuse Fortune. Là, au sommet, Gampopa vit son gourou, Jétsun Milarépa, pour la première fois. Milarépa était assis sur un énorme bloc de pierre. Il paraissait avoir quatre-vingts ans. Ses longs cheveux noirs, mêlés de blancs, tombaient librement sur ses épaules, jusqu’à la taille. Il ne portait qu’une fine robe de coton blanc, à peine suffisante pour tenir un homme au chaud dans l’air piquant des montagnes du Tibet. Sa peau était patinée par des années de vie au grand air et une aura d’énergie abondante et de paix semblait irradier de lui. Ses yeux rayonnaient de la lumière intérieure née d’années de méditation. Gampopa éprouva le sentiment d’être en présence d’un lion ou d’un roi. Plein de respect et de sincérité, Gampopa se prosterna devant le gourou et lui offrit le mandala de ses seize onces d’or ainsi qu’une brique de thé fin. Milarépa regarda droit devant lui pendant un moment, sans répondre. Puis, les yeux toujours fixes, il saisit une pièce d’or du mandala et la lança en l’air en disant : “J’offre ceci à Marpa de Lodrak.” A peine avait-il prononcé ces paroles qu’une musique céleste emplit l’air et qu’une lumière divine brilla tout autour d’eux, créant une atmosphère d’une somptuosité indicible. Milarépa saisit une coupe crânienne pleine de nectar, en but la moitié et tendit le reste à Gampopa en disant : – Vide-la. Alors seulement Gampopa se rendit compte qu’il n’était pas seul avec Milarépa. En fait, ils étaient entourés des disciples de Milarépa, des yogis. Or, les vœux complets de moine Kadampa pris par Gampopa lui interdisaient l’alcool. Il pensa : “Je suis moine ; beaucoup de disciples regardent. Je ne peux pas boire ça”, et resta hésitant. – Ne pense pas tant. Bois ! dit Milarépa. Une confiance absolue jaillit dans le cœur de Gampopa, balayant tous ses doutes. “Le gourou sait”, pensa-t-il et il vida la coupe crânienne jusqu’à la dernière goutte. Ceci confirma à Milarépa que Gampopa était vraiment un réceptacle précieux pour ses enseignements chuchotés et qu’il recevrait de lui toutes les transmissions, sans exception. Cela signifiait aussi que Gampopa réaliserait pleinement ces enseignements par la pratique et deviendrait détenteur d’une lignée. – Comment t’appelles-tu ? demanda Milarépa. – On m’appelle Seunam Rinchèn, répondit Gampopa. Milarépa ferma les yeux et dit : – Seunam Rinchèn, Seunam Rinchèn, Seunam Rinchèn. Tu es ici parce que tu as accumulé d’incommensurables “mérites” (Seunam). Tu es vraiment “très précieux” (Rinchèn) pour tous les êtres sensibles. Puis Milarépa répéta trois fois la signification du nom de Gampopa et pensa : “Quiconque ne ferait qu’entendre le nom de ce mien fils sera libéré du samsara. Mais je ferais mieux de ne pas en parler maintenant.” Gampopa raconta ensuite l’histoire de son voyage depuis le U et, plein d’espoir et de ferveur, demanda au Jétsun de lui faire le récit de sa propre vie. Regardant Gampopa au fond des yeux, Milarépa dit solennellement : – Notre connexion est intime et profonde. Bien que tu viennes seulement d’arriver, nous n’avons jamais été séparés, mon fils.” (Pages 42-44)
| Format : 192 Pages, 15 x 23 cm, couverture souple.
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